lundi 9 février 2015

Projection au cinéma le Palace de Lézignan-Corbières


Vendredi 6 février 2015 à 21h « du bleu au-dessus des toits » mon 4ème long métrage de fiction a été projeté au cinéma le Palace de Lézignan-Corbières inaugurant ainsi une série de cinq projections dans le département de l’Aude. Quatre-vingts personnes avaient fait le déplacement pour voir le film. La projection n'aurait pas été possible sans le concours de l'association Ciném'Aude dont la vocation est de diffuser les films dans les villages à travers un réseau de salles désormais équipées de projecteurs numériques. La qualité de la projection m'a impressionnée.
Le film a été tourné avec un appareil photo (800€), un objectif, un pied à tête fluide, un micro directionnel, une mixette et une valise d'éclairage avec trois projecteurs. Le montage s'est fait sur un ordinateur de bureau avec un logiciel d'une valeur de 300€. Enfin, il a été encodé en DCP (format pour la projection numérique) par une personne de l'équipe de Ciném'Aude. Le résultat était bluffant. Sur un plan pratique, on peut dire qu’aujourd'hui la barrière technique pour faire un film n’est plus un problème. Encore faut-il ne pas vouloir singer le cinéma hollywoodien en tournant avec de grosses caméras numériques dont le prix à l’achat ou à la location nous replonge dans des problèmes de budget. La miniaturisation des capteurs et surtout le prix de plus en plus bas des moyens de tournage et de montage offrent de belles perspectives pour les cinéastes indépendants. Mais un film ce n'est pas que de la technique, c'est aussi, et avant tout, une histoire et des acteurs capables de l'incarner. On doit l'histoire de mon film à Patrick Milani. « Du bleu au-dessus des toits » est son troisième roman que nous avons tout simplement adapté pour le cinéma. L'adaptation s'est faite un peu dans la précipitation car nous devions démarrer le tournage rapidement afin de bénéficier de quelques milliers d'euros d'une résidence d'artiste que j'ai assurée au Lycée Eiffel de Narbonne. D’ailleurs, une trentaine d'élèves ont joués dans le film de la simple silhouette au travail d'acteur. Les 6000€ de budget de la résidence ont servi à payer des pizzas et des restaurants lors du tournage. Les trois ingénieurs du son qui se sont relayés au tournage ont reçu 15€ de l'heure. Les autres participants sont tous bénévoles. La production du film représente environ 20 jours de tournage et autant pour le montage. L'équipe technique était constituée d'un ingénieur du son, parfois d’un assistant, et du réalisateur qui assurait l'éclairage, la mise en scène et la captation. Patrick Milani, également acteur dans le film, s'est occupé la plupart du temps des accessoires et de la logistique. Chaque acteur était son propre costumier. Le film a été entièrement tourné à Narbonne et dans ses environs, sauf une scène à Agde, évitant ainsi des frais de déplacements et d’hébergement exorbitants. Les lieux de tournage nous ont été gracieusement prêtés pour l'occasion. Ce cinéma, c'est justement « le cinéma des occasions » déclara un jour l’acteur Jean-Paul Joguin au ciné-club de la MJC de Narbonne lors de la projection de films indépendants produits sur place. Des courts-métrages sont aidés financièrement sur dossiers par décision d’une commission régionale dont je me demande d'où lui vient sa légitimité. En effet, comment peut-on décider que tel projet mérite la mobilisation de l'argent public au détriment de tel autre. Ces subventions distribuées d’une manière arbitraire créent une concurrence artificielle entre les cinéastes. Les « refusés » sont durement affectés par ces décisions souvent dû au manque de connivence ou de copinage avec les membres du jury de la commission. Il serait plus juste de répartir le budget sur l’ensemble des projets ou bien de tirer au sort les films qui seront aidés. Face à ce problème systémique, le cinéma des occasions s'est invité en évacuant le paramètre des subventions de son processus de production. Le «cinéma des occasions » est né de la difficulté d’accéder au financement pour un long-métrage de fiction en région. Comment fait-il? D'abord, il ne faut pas penser le film dans l'absolue mais en partant du réel. De quoi vais-je réellement disposer pour faire mon film? Les lieux, les acteurs, leur disponibilité, les bonnes volontés, les accessoires, les événements locaux, les moyens techniques. Il va falloir revoir ces ambitions cinématographiques à la baisse. Un peu à la manière d’un peintre impressionniste on cherchera à capter la scène dans son état le plus naturaliste sans chercher à ressembler au cinéma traditionnel. Il est important de ne pas chercher à singer le cinéma commercial sans en avoir les moyens. Faire un long-métrage comme le cinéma industriel sans aucun rond est voué à l’échec.