Capreolus


Je me suis senti prêt lorsque j'ai décidé de me lancer dans la production de mon premier long-métrage de fiction. Le tournage a débuté, je n'avais pas encore écrit la fin du film. J'ai abordé la réalisation des séquences comme une partie de chasse à l'arc, en faisant confiance à mon instinct. Je savais que l'histoire était dans ces lieux que j'avais foulés deux ans auparavant pour le tournage du documentaire «le prédateur aux pointes de métal» qui m'inspira la fiction. Elle finirait bien par apparaître comme le chevreuil au chasseur. Je progressais pas à pas, attentif aux éléments, aux personnages du film, à l'équipe technique, à la forêt qui par osmose ou par contagion me livrait peu à peu ses secrets. J'étais comme un gosse dans un grand magasin de jouets. Le premier plan du film a été déterminant. Un peu comme lorsque l'on s'approche pour la première fois du vide pour un saut à l'élastique. Et Hop, c'est là, il est là, j'y suis, j'y reste.  J'ai dû pleurer deux ou trois fois, seul, de joie. Une joie immense procurée par la naissance seconde après seconde des scènes qui m'avait été soufflée par l'Etre au bout de la nuit. Je mettais environ quatre heures pour relire le scénario. Quatre longues heures avant de fusionner avec lui. Alors il m'accueillait et l'Etre venait à mes côtés, il me parlait dans un langage que je ne comprenais pas avec mon esprit mais avec mon coeur. Je n'avais qu'à écouter et à transcrire. Lorsqu'un petit groupe d'hommes et de femmes s'abandonnent corps et âme à votre projet artistique, alors, vous n'êtes plus vraiment le même homme. Vous commencez à envisager la mort avec un léger rictus. Au moment du tournage, nous étions une réelle intelligence collective. Chacun concentré sur sa tache bougeant en fonction de l'autre tel le mouvement incessant d'une fourmilière en activité. J'avais jeté des jalons, des repères dans un chemin enneigé sans traces. Des petits rien échoué sur la plage avec lesquels je tenterais de faire œuvre. Le médiator de Kaine la chanteuse, l'arc de Traick, les chevreuils, les cerfs, la cible et les véhicules dont nous disposions sur place. La matière filmique était là. Elle se révélait, jour après jour, visionnage après visionnage. Il fallait relier les repères scénaristique entre eux comme dans les vrais films par une sorte d'incantation, une formule magique. Et zou, six mois plus tard que restait-il de cette expérience tridimensionnelles dans laquelle nous avions tranché des morceaux d'histoires comme le boucher dans la cuisse du cochon. Dans la salle de montage, face à l'écran, face à la vérité de ce qu'il reste pour figurer l'œuvre j'ai vu un aquarium avec du sable, des plantes vertes et des cailloux. Les plans étaient posés sur la table tels des poissons inanimés. Je les observais et tentais de sélectionner les plus vigoureux pour les placers dans l'aquarium. Au bout de ce long chemin de doute et de conviction, il reste le film pour le public et une expérience singulière pour tous ceux et toutes celles qui ont participé de près ou de loin à la fabrication de ce projet artistique. Ce film est le souvenir fugace des images mouvements que j'aperçois à la lueur d'une lampe torche dans l'immense grotte de l'humanité. Chers ami(e)s, faites-ce que vous avez à faire. Stéphane KOWALCZYK - 15 octobre 2007.